Rebrousse-poil
Poil à gratter
Gratter le vernis
Vernis...sage
S'ag...iter ne résout rien
A présent que les projecteurs se sont déplacés vers d'autres considérations, j'ai envie de revenir vers ce qui me semble crucial par les temps qui courent: la liberté d'expression.
Ces dernières semaines, nombre de polémiques sont nées des sorties médiatiques plus ou moins hasardeuses, adroites ou maladroites auxquelles se sont livrées des personnalités publiques de tous
domaines, tant artistique que politique. En vrac, on pourra citer Georges Frêche, Stéphane Guillon, Eric Zemmour, Eric Besson, Didier Porte, mais la liste peut sans peine s'allonger, tout comme
le tombereau de réactions qui ont pu suivre dans les uns et les autres cas.
Rebrousse-poil, disais-je en ouverture, parce que je prend le risque de ne pas être compris dans ma position. C'est pourquoi je vais tenter de l'expliciter de la manière la plus claire
possible.
La liberté d'opinion est un principe inaliénable et son corollaire est la liberté d'exprimer son opinion. Ça semble évident, dis comme ça. Sauf qu'avec le temps, cette liberté d'expression a pris
bien des coups sous la ceinture et la plupart du temps pour des raisons qui, au départ, étaient louables. On a progressivement limité son principe de manière à ce que l'expression de l'opinion
soit libre à condition qu'elle ne choque personne. Autrement dit, je peux dire ce que je veux, du moment que personne ne se sente offensé par mes propos. Autant dire tout de suite que je ne peux
pas dire grand chose. Dès lors que j'exprime une opinion, il y a 99% de risque que quelqu'un estime, à tort ou à raison, être offensé par cette opinion. Je cours donc le risque d'être poursuivi
pour des raisons de principes (ou pour des raisons beaucoup moins louables, d'ailleurs).
Dès lors, quid de la liberté d'expression ? Voilà le postulat.
Dans les exemples, faciles je le concède, mais si symptomatiques, que je citais plus haut, la question devient ubuesque.
Les mêmes qui défendent Stéphane Guillon («coupable» d'une chronique acerbe mais néanmoins excellente – cherchez un peu, vous la trouverez sur le net – sur Eric Besson) tombent à bras raccourcis
sur Eric Zemmour et ses déclarations dans l'émission «Salut les Terriens» d'Ardisson. A l'argument un peu facile qui consiste à considérer que le champs d'intervention des deux est différents
(l'un est humouriste et l'autre est chroniqueur) je répondrais que la liberté d'expression n'a pas à s'appliquer différemment selon le champs professionnels d'origine de celui qui tient les
propos. Autrement, on en vient à des extrémités comme celle qui permet de rayer des cadres un gendarme coupable d'avoir exprimé sa réticence au rattachement de la gendarmerie au ministère de
l'Intérieur (comment cela, c'est arrivé ? Ah bon ? Ben comme quoi le devoir de réserve est bien une restriction rendue légale de la liberté d'expression !).
Je compléterai mon propos en rejoignant la position de Didier Porte qui estime que les humouristes portraiteurs comme Guillon ou lui-même ne peuvent pas se masquer derrière le paravant du «c'est
pour faire rire» et que leur travail est beaucoup plus journalistique que ne le laisse penser la case dans laquelle on veut bien les ranger. C'est d'ailleurs, à mon sens, tout l'intérêt de
l'exercice et si le but n'était que de faire rire, il y a bien longtemps que je me serais détourné de cette tranche matinale de France Inter, tout comme je ne vois aucun intérêt à écouter Gerra
faire ses pitreries de bas étage (oh ! J'ai livré une opinion ! Tant pis pour ceux qui aiment l'humour de Gerra et se sentiraient offensés).
Dans l'affaire de Frêche, les grilles de lecture sont innombrables. Et on voit dans ses propos ce qu'on veut bien y voir, ou encore ce qu'on a intérêt à y voir. Franchement, si ces mêmes propos
avaient été tenus à l'égard de tout autre responsable politique que Fabius, Bartolone ne serait jamais monté au créneau … On pourra toujours rétorquer que Frêche savait parfaitement ce qu'il
faisait. Certes. Mais ceux qui ont monté l'affaire derrière aussi. Bien avant la question de la moralité, ce qui les a motivé, c'est de tenter de décapiter une fédération (importante de surcroit)
acquise à Ségolène Royal. Quand au procès intenté au système féodal mis en place dans l'Hérault et plus largement dans le Languedoc-Roussillon, je les renvoie à leur mauvaise fois et les engage à
poursuivre sur cette remise en question partout où ce serait utile, et par exemple dans le Nord Pas-de-Calais où l'ogre Percheron que tant de monde déteste, à tel point qu'il n'a jamais eu le
courage d'affronter l'électorat dans une consultation personnelle et sur son nom, fait pourtant la pluie et le beau temps. Je vois déjà les «UMPistes» se délecter de mes propos. Ne «bandez» pas
trop vite, les exemples ne manquant pas non plus dans votre camps. Balkany et son éminence grise (Didier Schuller) n'est pas en reste. Tous les grands responsables sont d'abord des «dictateurs»
locaux en puissance, qui utilisent une liberté d'expression à géométrie variable.
J'en reviens donc à mon explication d'origine. Il ne peut pas y avoir une liberté d'expression bonne à dire et une qui n'a pas droit de citer.
Si je reprend les exemples précédents, on ne peut pas estimer que Guillon a le droit d'exprimer sa défiance vis à vis de Besson et interdire à Zemmour d'estimer que les trafiquants sont
majoritairement noirs et arabes.
J'ai très peu entendu de détracteurs de Zemmour utiliser le seul argument qui vaille face à ses déclarations. Dans ses propos, il manque un mot important: condamnés, la plupart des trafiquants
condamnés. Ce qui a pour effet de limiter la portée immédiatement car elle permet d'enchaîner sur la question des arrestations, donc des interpellations, donc des contrôles et donc du «délit de
facies» qui est le véritable scandale de cette affaire car elle permet de sortir du cadre du «racisme» qui est une opinion pour atteindre le cadre de la «discrimination» qui est un acte.
On arrive là à une question essentielle. J'ai été responsable local de SOS Racisme. Je ne le suis plus. Parce que je ne pouvais pas me situer dans la vision très particulière de cette
association. Je respecte énormément l'engagement de ses membres dans leur combat quotidien contre les idées racistes. Mais je suis en désaccord avec quelques principes posés et certaines des
méthodes utilisées. L'une des grandes victoires avancées par SOS Racisme est la constitution par la Loi du délit de racisme. C'est à mon sens une erreur. La Loi n'est pas faite pour combattre une
idéologie. Elle est faite pour combattre la mise à exécution de celle-ci: la discrimination, le négationnisme, l'atteinte aux droits de l'homme, …
Le racisme se combat sur le banc des bistrots, la discrimination sur celui des tribunaux.
Attention de ne pas se laisser embarquer dans une société où seul le «politiquement correct» aurait droit de citer. Car alors, qui fixerait ce qui est «correct» et ce qui ne l'est pas ?
Voltaire, qui n'a peut-être pas dit que des choses intéressantes, a malgré tout résumer tout cela dans la célèbre expression: «je ne suis pas d'accord avec ce que tu dis, mais je me battrais pour
que tu aies le droit de le dire». C'est d'ailleurs ce qui poussé Bruno Gaccio, qu'on ne peut pas accuser de racisme, à prendre la défense de Dieudonné il y a quelques mois de cela.
Je terminerai cette petite chronique par un lien vidéo. Il s'agit d'un enregistrement Live de Marcel et Son Orchestre à Clermont dans lequel vous pourrez découvrir (ou réécouter !) la chanson
Susceptible (album Bon Chic Bon Genre - 2009). Ce lien n'est qu'une illustration de mon propos. La chanson résume en partie mon état d'esprit par rapport au concept de liberté d'expression mais
n'engage en aucun cas le groupe.
http://www.facebook.com/ch
Et comme j'ai pour principe de m'appliquer à moi-même ce que je pose comme pré-requis et que j'adore les débats d'idées, les commentaires seront les bienvenus, qu'ils aillent dans mon sens ... ou
pas ;-)



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