Dans la fraîcheur d’une fin d’hiver bretonne, une goélette touche enfin terre, après 20 mois d’un périple extraordinaire.
Pourtant, cette fraîcheur lui paraît bien douce, elle qui vient de passer plusieurs mois captive des glaces. Intérêt scientifique indéniable de cette apparente passivité : démontrer le rythme croissant de la fonte de la banquise, effectuer des mesures de densité, de profondeur et surtout, en suivant la dérive des glaces, évaluer l’importance de l’impact du réchauffement climatique sur les eaux douces du pôle. Il est donc question, à partir d’une dérive, d’appliquer un raisonnement prospectif qui consiste à prédire, dans une certaine mesure, la catastrophe climatique à venir.
Premier enseignement : la dérive s’accélère. Le TARA a été libéré avec 6 mois d’avance sur le calendrier prévu. Il y a donc urgence à prendre les mesures qui s'imposent.
Mais où donc veut-il en venir, me direz-vous ?
D’abord, c’est une évidence, à la nécessité d’éveiller en chacun le sentiment d’avoir une pierre à poser dans la défense de notre environnement. « Chacun » ne veut pourtant pas dire seulement « chaque citoyen ». Cela signifie également chaque entité, chaque composante de nos sociétés. Cela signifie surtout qu’il ne s’agit pas de responsabilités individuelles seulement (les mentalités ont bien évolué) mais surtout de responsabilités collectives, de choix de société qui se sont imposé à nous mais contre lesquels individuellement nous pouvons tout de même lutter, sur lesquels il est de notre de voir de faire pression.
Bien entendu, chacun a son impact, son empreinte écologique qu’il convient d’essayer de maîtriser, mais celle-ci découle le plus souvent d’un mode de vie, de priorités, de valeurs, de choix inhérents au monde occidental actuel. C’est la quantité de ce que nous consommons qui renvoie notre image et non la qualité.
Les réponses individuelles n’ont donc que peu de chances, même en s’additionnant les unes aux autres, d’enrayer cette dérive. La seule porte de secours ne peut être atteinte que si se conjuguent, dans un même élan, la somme des choix individuels et de véritables volontés politiques.
La dérive est en général un phénomène lent. Il est la conséquence naturelle d’une passivité. Si nous ne faisons rien, alors le destin du monde est scellé.
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